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2007/05/29

Salut Christine




Je viens de prendre une douche pendant approximativement une heure. Il s'est agi de ce genre de séance de décrassage qu'on se tape pour ôter une saleté invisible. Dans ce cas précis, il ne s'agissait pas de crasse mais de ce poids qui écrasse mes épaules. Chaque été s'accompagne de ces souvenirs pesants, d'un rendez-vous manqué avec la plus belle femme que le ciel m'a donné de rencontrer.
Physiquement, je sens mes cheveux aussi peser de plus en plus lourd quand le moral est au plus bas mais je ne me resoudrai certainement pas à mettre des ciseaux dedans. J'ai décidé de les garder par amour, par conviction et par prophétie Je crois que je te reverai histoire de parler sagesse, de vieillesse peut-être et de réaliser que les meilleures choses qui nous soient arrivées sont si insignifiantes qu'on les a oublié. Je les porte maintenant jusqu'aux genoux...on peut dire c'est toujours agréables de lire les bon souvenirs. On s'entend qu'il s'est passé beaucoup d'eau sous les ponts depuis que nous nous sommes rencontrés.
Dès que j'ai quitté le Rwanda, j'ai quitté en même temps l'Afrique, mais ce dernier ne m'a jamais quité et il me manque terriblement maintenant chaque fois que le souvenir de toi rempli l'air. Un court moment de parfait bonheur en enfer qui a concentré tout ce que j'aime de ce merveilleux continent.
En écoutant le bruit de l'eau dans la douche, j'ai entendu dans ce clapotis un écho de voix. Je sais que mon cerveau inventif veut que tu sois là devant moi, il voudrai faire un bond en arrière dans le temps...

C'était sous la pluie désormais, la même qui s'abbâtait sur l'aéroport le jour de ton départ. J'étais dans un épais nuage, parti, emporté par les souvenirs, ton parfum venu de loin était amplifié sous le soleil d'Afrique. J'ai vu pleuvoir sous le soleil en Afrique et c'est avec fascination que ces détails s'acompagnent des traits, du regard et surtout du sourire d'une des plus belles de la Gaule. Ces souvenirs se sont empilés en cascade là devant moi et j'ai respiré si fort pour mieux m'imprégner du divin parfum que j'ai failli m'étouffer par l'eau qui s'est engouffrée dans mes narines puis dans sans doute quelques goutelettes aux poumons.
Après avoir toussé comme un malade, pour reprendre de l'air et pour évacuer l'eau qui s'est engouffrée dans le mauvais orifice, j'ai réalisé combien tu étais encore si présente dans mon esprit et combien puissant sont encore mes sentiments pour toi. J'ai toujours su que la vie est très fragile et j'ai rêvé te revoir juste le temps de coller un baiser mouillé sur ta nuque après avoir croisé ton regard de braise.
Toutes les cellules de mon corps t'ont désiré et toutes ont eu peur de te perdre. Ce qui devait arriver de toute manière arriva.
L'air vicié de Kigali devenait insupportable, la haine des rwandais était si palpable que je pouvais la toucher et sentir son cops gras et informe. J'avais rencontré la plus belle, et peu de temps après, elle partait. Je l'ai aimé comme un fou. Dis-moi comment on aime une inconnue, je savais que tu partais aussitôt que tu étais arrivé dans ma vie, comment appele-t-on cela si ce n'est la folie de l'amour... Il y a des réalités de l'amour que les mots ne peuvent contenir, et vingt ans bientôt que je n'ai pas su les écrire. J'ai vu frémir ton coeur... et le mien a failli s'arrêter.
Il a encore tremblé aujourd'hui et j'ai eu l'impression qu'il allait foutre le camp de sa cage. C'était brutal et douloureux cette quinte de toux autant que l'amour que j'épprouve encore pour toi.
Je me suis enfin résolu de mettre par écrits l'histoire de ce baiser qui a changé ma vie et je crois que cela ne peut que rendre justice à la poésie, à la beauté de l'esprit humain quand il fait honneur à ce qu'il a de plus précieux... ce regard juste et respectueux de ce qui doit être.
Tu as été tout cela et j'aimerais savoir comment tu vas.
Je considère ces lignes et les prochaines comme une bouteille lancée à la mer. Elle a aussi le rôle de soulager cette douleur d'enfant abandonné qui se demande où sont passé les siens, et je crois que tu comprendra cela. Tu as peut-être des enfants avec un homme aimant, j'ai mis du temps avant de me dire clairement cette nette et juste probabilité. Et j'ai compris qu'une vie, c'est si court pour pour s'en satisfaire quand on ne la passe pas en attendant le bon moment pour l'apprécier. C'est pour dire que je suis conscient du sens exact de notre rencontre, des bouleversements heureux ou chaotique que la suite est devenue.
Je crois que nous avons en nous, un enfant endormi, tantôt heureux, tantôt triste. Le temps devient long, celui pendant lequel cet enfant que je porte sanglote en silence.
J'espère qu'il sera de meilleur humeur demain.

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