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2007/06/17

Si plus rien vous émeut

C'est dans le petit journal de quartier que j'ai appris la décision de la ville de Montréal de démolir le viaduc Hochelaga qui enjambe la route 25, à un jet de pierre de la Place Versailles. Il était le vendredi quand je suis passé et il y avait quelques grands badauds massés autour du périmètre de sécurité, la police pour imposer la discipline autour de ces vandalismes légaux. Je ne pouvais pas manquer ce pitoyable spectacle qui se déroulait aux yeux d'un monde apparemment ahuri, incapable de dire grand chose sur ce qu'il voyait. Je venais d'avoir la réponse de l'attroupement qui m'a fait tiqué la veille. Une imposante armada de pelles mécaniques était parquée sous les pilliers des viaduc Souligny depuis le matin et sur le coup, mes souvenirs ont tardé d'associer ma lecture de la veille au spectacle que j'avais sous les yeux. Sauf la comparaison spontanée au déploiement des robots en formation de combat dans la guerre des étoiles.
Cette exhibition de force qui avait tout d'un début de combat le matin, se matérialisait dans un grondement assourdissant de marteaux pneumatiques géants, de grosses pelles pour concasser, d'autres munis d'impressionnantes cisailles pour couper le béton armé. Six ou sept de ces bêtes mécaniques cinglés et décidés à broyer du labeur étaient positionnés de part et d'autre du restant du viaduc moribond qui retrécissait à vue d'oeil.
Mon cerveau a commencé à faire le tour et rapidement je trouvais à garer dans la station service du coin, sous le regard amusé des policiers. Armé de mon petit appareil numérique, j'étais comme un enfant surpris par le tintamarre, le coeur battant sans doute comme autant d'autres qui faisait déjà comme moi, photographiant, filmant ahuris devant cette messe funèbre pas comme les autres.

Le viaduc Hochelaga n'était pas malade et moins encore proche de rendre l'âme.

J'avais compris comme par coup de baguette magique le mobile de telle décision, surtout le résultat de la peur encore fraiche que l'éffondrement du viaduc de la concorde à Laval a causé. Seulement, je ne pouvais repousser mon dégout de cette gestion de vie dictée par la peur.
Il en ait tombé des viaducs tout neuf aussi ai-je pensé sur le coup. J'ai pensé cela dès que j'ai eu quitté le site, j'ai pensé aussi que je devrai acheter une vraie appareil photo digne de professionnel, pour croquer des scènes dégoulinantes de vérité. J'ai réalise que j'oublis souvent de prendre au séreux mes intérêts et agir en conséquence.
Je me suis demandé pourquoi il y a eu un silence autour de ce qui se passait là et combien ces travaux devront nous coûter en les négociant dans l'urgence imposée par la peur et l'intimidation.
Si chaque fois que quelques individus trop confortables sont incapables d'accepter qu'un galet de béton peut tomber d'une voie élevée sans que cela ne soit la fin du monde, il faudra chaque fois tout démolir pour leur paix d'esprit; dans pas longtemps, des chantres et maîtres en panique sociale vont trouver d'autres structures à mettre en poussière. Faudra t-il suggérer qu'on démolisse tous les autres de la même époque qui sont encore aussi robustes plus que ceux qui les remplaceront et qu'on nous dise enfin, pourquoi, même des trotoirs, les rues doivent être démolis à une fréquence qui frise l'excès ?
On nous dit rapidement, c'est le climat rude du québec vous savez ! Et sommes-nous les seuls sous ce parrallèle ou est-ce que cela peut être autre chose... Un temps de vie calculé, ou une défaillance, une incompétence, un truc dans le métier pour s'assurer d'être sur les chantiers des structures abîmés les unes après les autres.
Pourquoi on ne revient pas au métal, car ces ouvrages ont démontré une longévité qui ne mentira à personne ! Nous savons pourtant que des métaux à l'épreuve de la corrosion autant que des matériaux génériques ont été développés et sont à l'oeuvre ailleurs y compris dans les bétons...
Le viaduc Hochelaga n'était pas malade et moins encore proche de rendre l'âme pour subir le traitement lui imposé. C'est avec une énergie et une vitesse fulgurante que ce monstre d'architecture militaire a été attaqué dans la nuit de vendredi à samedi pour donner congé à ses agresseurs le dimanche et célébrer la fête des pères.
Je suis déçu que nous n'ayons été ces pères responsables capables d'analyser froidement les situations avant de poser des gestes aussi engageants qui nous coûteront une bagatelle qui frisera sans doute les cinq millions si elle ne dépasse pas comme d'habitude les prévisions boulimiques des architectes dès que l'état ou le client est appelé à casquer.
Dans une nuit, un résistant, un innocent est tombé. Il le fallait pour que les citoyens ordinaires, on s'entend, nous le devenons tous hélas, ne posent pas de questions. Calmer les peurs d'hier et rassurer les inquiets. Les spécilistes ont dit le verdict et unilatéralement décidé que ce soit ainsi.
À démolir... La loi est ainsi faite, il faut trouver le coupable pour affirmer l'impression de justice... On refroidit aussi des innocents au nom de la justice... Allex savoir pourquoi !
Je n'arrivais pas à chasser de mon esprit ce gaspillage et en passant sous le Boulevard métropolitain, j'ai consataté que les poutres porteuses des tabliers de cette autoroute sont les mêmes que ceux qui venaient de se faire mette en poussière en fin de semaine. J'ai donc pris les photos de ces nobles piliers, sujets principaux de l'artère reine de Montréal pour comparer mes analyses.
En creusant un peu, je ne doutais pas de découvrir que ces deux ouvrages datent de la même époque. Ce que je ferai pour alimenter ce dossier d'ailleurs.

Les gens de la presse, la télevision sont malheureusement aussi comme la majorité, pensent et agissent sous le coup de la peur et n'ont rien eu à redire, asbsents et conscients que leurs compétences ne leur donne pas le droit de douter des intentions des vérificateurs assignés qui ont été à la source de cette décision. Je pense que si cela était un coup honnête, nous l'aurions vu aux nouvelles pour prouver qu'on est entrain d'assainir le mobilier urbain. Tout ce que nous en savons, c'est un galet qui s'était détaché et il a suffi pour condamner le pauvre.
J'ai à en redire parce que je connais ce quadrilatère que j'empruntais presque tous les jours et mes connaissances en architecture sont suffisantes pour dire qu'un excès de zèle a été à l'origine de cette pathétique décision consistant à démolir du solide qui n'avait qu'un besoin cosmétique pour continuer à remplir son rôle pour plusieurs années encore.
Un petit marketing pour marquer des points ou pour carresser des amis avant de partir !
Et si c'était juste essayer de laver l'opprobre et faire oublier les déboires de la Concorde à Laval ! Rien n'est moins sûr... Je sais seulement que qui peut réfléchir peut toujours trouver quelque chose de très peu catholique dans cette précipitation.

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